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Épisode 6 — Le grand effacement : comment le chanvre a presque disparu au XXᵉ siècle.

Le chanvre, patrimoine français — Épisode 6 : Le grand effacement

🌿 SAGA « LE CHANVRE, PATRIMOINE FRANÇAIS »
Épisode 6 / 9Le grand effacement

Frise décorative façon Jacovitti évoquant le déclin du chanvre au XXe siècle : barbelés, cadenas, rouages industriels et feuilles de chanvre fanées

📖 Précédemment… Dans l’épisode 5, le chanvre était au sommet : inscrit aux pharmacopées, célébré par Baudelaire et le Club des Hachichins, puis livrant à la science l’un de ses plus beaux secrets — le système endocannabinoïde, tapi en nous depuis des centaines de millions d’années. Plante d’État, plante de poètes, plante de savants : au seuil du XXᵉ siècle, le chanvre semblait indétrônable. Et pourtant… en quelques décennies, il va presque entièrement disparaître.

🎧 La bande-son de l’épisode

« L’ombre du chanvre » — complainte café-concert pour une plante qu’on a voulu faire taire

📜 Les paroles — version café-concert

Mesdames, messieurs, voici la chanson
D’une plante qui dérange et qui fait son chiffon
Si vous aimez les rimes qui rebondissent au plafond
Pa-pa-pa-pa-pam… attention, c’est parti, garçon !

On dit chanvre, on dit cannabis, on dit aussi pantagru-quoi ?
PAN-TA-GRU-É-LI-ON ! Rabelais l’a baptisée comme ça
En quinze-cent-quarante-six, dans un bouquin gros comme un saint
Trois chapitres rien que pour elle — trois ! — c’est presque indécent !
Hérodote en causait, livre quatre, vers paragraphe vingt-sept
Les Scythes la jetaient sur la braise pour rentrer dans leur tête
Hildegarde de Bingen — une nonne en l’an mille-cent-cinquante-huit —
Écrivait à la chandelle : « cette plante est sainte… et un peu suspecte »

À qui le chanvre, à qui le chanvre
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
À ces six gros qui font la chambre sombre :
PLASTIQUE-CIMENT-COTON-PAPIER-PHARMA-PÉTROLE-DÉCOMBRE !
À qui le chanvre, à qui le chanvre
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
À ceux qui comptent en milliards leur nombre
Pendant qu’la p’tite pousse rit, modeste, au seuil de la combre !

Voici Monsieur Plastique en costume rose-bonbon
Qui s’inquiète : « si l’chanvre revient, mes bouteilles font flop, font fond ! »
Voici Monsieur Ciment, tout gris, tout poussiéreux
Qui marmonne : « le béton d’chanvre ? Pffff… j’préfère le vrai sérieux ! »
Voici Monsieur Coton, haut-d’-forme et pantalon
Qui s’écrie : « la salopette en chanvre, c’est non, c’est non, c’est non ! »
Voici Monsieur Papier qui se déchire en sanglots
Voici Monsieur Pharma qui s’enfarme dans ses flacons
Et Monsieur Pétrole — le pire ! — qui frappe du poing :
« Tant qu’j’aurai mon bidon d’essence, la plante restera dans son coin ! »

Mais le coin du jardin a poussé, poussé, poussé
Si bien que l’ombre dépasse la haie, la grille et le pré…

À qui le chanvre, à qui le chanvre
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
À ces six gros qui font la chambre sombre :
PLASTIQUE-CIMENT-COTON-PAPIER-PHARMA-PÉTROLE-DÉCOMBRE !
À qui le chanvre, à qui le chanvre ?
Mais à qui d’aut’ voulez-vous que ça pénombre ?

Pa-pa-pa-pa-Pantagruélion
Ma-ma-ma-ma-Marie-Jeanne et son nom
Hil-hil-hil-hil-Hildegarde Bingen
Pé-pé-pé-pé-Pézenas… mais non, c’est pas Bobby qu’on chante !
Si-si-si-six cents ouvriers à Toulon
Tressaient les cordages au pavillon
Du-du-du-Roi Soleil qu’avait la flotte la plus grande
Grâce à la plante qu’on r’connaît plus, comme une légende !

En février quarante-et-un, à Detroit-la-promise
Henry Ford prit une hache et frappa fort sur sa carrosse
La voiture en chanvre — juré ! — Popular Mechanics !
Resta là, intacte, narquoise, comme une bonne blague !
Mais qui finançait quoi en quarante-et-un, dites-moi voir ?
Le pétrole grimpait, et Ford-le-Fou perdit son devoir
La voiture-chanvre dormit cinquante ans dans les archives
On l’a r’trouvée — coucou ! — sur Internet, qui rit qui rit !

À qui le chanvre, à qui le chanvre
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
Aux six barons qui broient du sombre
MAIS la p’tite pousse, ELLE, danse au seuil d’la combe !
À qui le chanvre, à qui le chanvre
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
À tous ceux qui croyaient le règne sans encombre
À tous ceux qui pensaient avoir gagné le rond… rombre !

À Draguignan, dans la ville du dragon
Sur restanques de pierre, terre rouge et chardon
Christelle pince les feuilles, Mathieu lève le front
Cent plants en pleine terre — soin par soin, façon bonbon
On n’a pas la science d’Hildegarde de Bingen
On n’a pas la flotte du Roi Soleil et ses bridges
Mais on a la patience, la transparence et la chanson
L’HERBE DU DRAGON — elle, continue son nom !
… producteur exécutif : la plante.

🎤 …et la même colère en version rap, martelée pour le XXIᵉ siècle :

📜 Les paroles — version rap

Mille neuf cent quarante et un — Dearborn, Michigan
Un industriel frappe à la hache une carrosserie
Elle ne se brise pas
Une plante avait bâti la voiture
Et le pétrole a décidé qu’elle dormirait

Tu la vois pas, la plante, mais tu vis dedans
Ta planète crame, c’est l’pétrochimique qu’on a choisi à dix ans
Fibre, chènevotte, graines, racines — une plante totale
Domestiquée au néolithique, quatre mille avant l’temps qu’on date
Avant l’coton, avant l’lin, c’est elle qu’a fait nos premiers fils
A bâti les marines du Roi, vêtu les paysans en gris
Aujourd’hui en France on en plante vingt-deux mille hectares
On est numéro deux mondial — la majorité l’ignore encore

À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qui pollue, à tout c’qui surconsomme
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Plastique et ciment, papier et pétrole
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Coton, pharma, le système qui s’écroule
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qu’on respire et tout c’qu’on consomme

Béton de chanvre, bilan carbone — négatif, j’l’écris
Un hectare de la plante pour quatre hectares de forêt qu’on sauve ici
Vingt-quatre pour cent des pesticides du monde, c’est qui ? — le coton
Le chanvre demande quatre fois moins d’eau pour faire pareil, c’est non ?
CBD, CBG, CBN, c’est pas brevetable, c’est ça l’problème
Big Pharma copie, mais l’original pousse gratuit dans l’système
Banque de France imprime ses billets, devine sur quel papier
La plante était là depuis Vauban — on a juste fait croire que c’était d’hier

À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qui pollue, à tout c’qui surconsomme
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Plastique et ciment, papier et pétrole
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Coton, pharma, le système qui s’écroule
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qu’on respire et tout c’qu’on consomme

Mille neuf cent quarante et un — Ford montre sa caisse
Plastique de chanvre, méthanol de chanvre, l’industrie baisse
Coup de hache sur le coffre — rien ne plie, rien ne casse
Popular Mechanics fait sa une, mais le pétrole prend la place
Soixante et un, Convention de l’ONU — on classe la plante
Soixante ans dans l’silence sous les fibres synthétiques
On l’a pas perdue — on l’a juste mise en sourdine
Et c’qui sommeille longtemps revient plus fort qu’on imagine

La voilà qui sort, voilà qui pousse, voilà qui plante
À Draguignan, en Champagne, en Bretagne, on r’met ses graines en terre
Filière française — mille cinq cents producteurs et plus
Surfaces qui ont doublé en dix ans, c’est plus une mode, c’est plus
Une plante qui fait d’l’ombre à six industries en même temps
Plastique, ciment, coton, papier, pharma, pétrole — sept secteurs en pendentif
Sept marchés qu’on lui doit, sept marchés qu’on lui prend
Le chanvre revient — et c’est tout l’vingtième siècle qui s’rend

À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qui pollue, à tout c’qui surconsomme
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Plastique et ciment, papier et pétrole
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
Coton, pharma, le système qui s’écroule
À qui le chanvre fait de l’ombre ?
À tout c’qu’on respire et tout c’qu’on consomme

Une plante qui a porté la mémoire des hommes
Une plante qui a bâti les marines des rois
Une plante qui a vêtu les paysans, soigné les corps
Et qui revient, doucement
Dans nos champs, dans nos murs, dans nos vies
Sans bruit
Mais pas sans poids
À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?
À tout ce qu’on croyait éternel

Le déclin du XXᵉ siècle

Au début du XXᵉ siècle, la France compte encore plus de 100 000 hectares de chanvre cultivés. Soixante ans plus tard, il n’en reste plus que moins de 1 000. Ce qui s’est joué entre les deux dates est l’un des effondrements agricoles les plus spectaculaires de notre histoire — et l’un des moins commentés.

Trois forces ont convergé.

D’abord, la concurrence des fibres modernes. À partir des années 1850, le jute indien commence à inonder les marchés européens. En 1939, DuPont de Nemours dépose les premiers brevets sur le nylon, première fibre synthétique de l’histoire. Polyester, polypropylène et autres polymères suivront. Face à ces fibres bon marché, imputrescibles, produites en filament continu, le chanvre paraît soudain démodé.

Ensuite, la mécanisation maritime. Les voiliers cèdent la place aux navires à vapeur, puis aux moteurs diesel. Les cordages synthétiques remplacent peu à peu les cordages de chanvre. Les corderies royales ferment l’une après l’autre. Brest, Rochefort, Toulon — leurs ateliers s’éteignent dans la première moitié du XXᵉ siècle.

Enfin, et surtout, les lobbies industriels américains des années 1930. La thèse, popularisée par l’auteur Jack Herer dans The Emperor Wears No Clothes (1985), reste discutée par les historiens mais s’appuie sur des faits documentés. DuPont (nylon), Andrew Mellon (banquier, secrétaire au Trésor américain) et William Randolph Hearst (presse à grand tirage, propriétaire d’immenses forêts pour la pâte à papier) avaient un intérêt convergent à voir le chanvre disparaître. Le Marihuana Tax Act de 1937 — adopté aux États-Unis dans un contexte de campagnes médiatiques sensationnalistes — porte un coup décisif à la filière mondiale.

Affiche américaine du film de propagande anti-cannabis Reefer Madness (1936)
L’affiche de Reefer Madness (1936), film de propagande emblématique des campagnes sensationnalistes qui préparèrent l’opinion américaine au Marihuana Tax Act de 1937. Domaine public / Wikimedia Commons.
Portrait de Harry J. Anslinger, premier commissaire du Federal Bureau of Narcotics
Harry J. Anslinger (1892-1975), premier patron du Federal Bureau of Narcotics et grand artisan du Marihuana Tax Act de 1937. Photo Harris & Ewing / Library of Congress — domaine public.

🔍 Le saviez-vous ?
La prohibition du cannabis ne fit pas l’unanimité — y compris chez les médecins. Lors des auditions du Marihuana Tax Act devant le Congrès américain, en 1937, le Dr William C. Woodward, conseiller juridique de la puissante American Medical Association (AMA), vint témoigner contre la loi. Il reprocha aux autorités d’avoir monté le dossier en secret, sans consulter le corps médical, et de confondre à dessein le « marihuana » des journaux à sensation avec le cannabis thérapeutique inscrit depuis un siècle à la pharmacopée. Il avertit que la loi étoufferait la recherche médicale sur la plante. Il ne fut pas écouté : le texte fut adopté la même année, et le cannabis disparut de la pharmacopée américaine en 1942. Le « grand effacement » ne fut donc pas un consensus, mais un passage en force.

Le 30 mars 1961, la Convention unique sur les stupéfiants, signée à l’ONU, classe officiellement le cannabis parmi les substances réglementées. Pour près de soixante ans, la plante entre en sommeil — mais pas partout.

Le contre-exemple marocain. Toutes les nations n’ont pas signé sans nuance. Au Maroc, un édit royal vieux de soixante-dix ans tient lieu de digue politique. Vers 1890, le Sultan Moulay Hassan Iᵉʳ (dynastie alaouite, règne 1873-1894), lui-même grand connaisseur du kif, édicte un dahir qui autorise officiellement la culture du chanvre dans cinq douars de la région de Ketama (Rif central). La forme juridico-religieuse du dahir, sacrée en droit musulman traditionnel, le rendra quasi-impossible à abroger par ses successeurs. Lorsque Mohammed V, après l’indépendance de 1956, tente d’interdire le cannabis sur tout le territoire en application de la Convention onusienne, les tribus du Rif se soulèvent et invoquent l’édit ancestral ; le souverain doit reculer. La tolérance royale subsiste jusqu’à la légalisation officielle de la culture pour usage industriel et médical par la loi marocaine 13-21 en 2021 — soit 131 ans après le dahir initial. Le pari juridique de Hassan Iᵉʳ aura tenu cinq générations.

Portrait du sultan Moulay Hassan Iᵉʳ du Maroc (règne 1873-1894)
Le sultan Moulay Hassan Iᵉʳ (règne 1873-1894). Vers 1890, son dahir autorisant la culture du chanvre dans cinq douars du Rif tiendra cinq générations. Portrait de 1873 — domaine public / Wikimedia Commons.

En France, quelques producteurs résistent aussi — principalement en Champagne, sous l’égide de la Fédération Nationale des Producteurs de Chanvre (FNPC, fondée en 1932). Ils continuent à fournir le papier à cigarettes (OCB), le papier bible et des semences certifiées. Une filière étroite, mais qui ne s’est jamais éteinte. C’est ce mince filet, têtu, qui rendra possible la renaissance d’aujourd’hui.

À qui le chanvre fait-il de l’ombre ?

Si le chanvre revient peu à peu dans nos champs, c’est aussi qu’il bouscule, à bas bruit, plusieurs des plus grandes industries du XXᵉ siècle. Sa polyvalence — fibre, graine, fleur, chènevotte, racine — en fait l’un des rares végétaux capables de proposer une alternative crédible à plusieurs piliers de l’économie pétrochimique. Voici, secteur par secteur, ce que la plante remet en cause — et ce qui éclaire, peut-être, pourquoi on l’a si bien effacée.

Caricature façon Jacovitti : six industriels (plastique, ciment, coton, papier, pharma, pétrole) regardant de travers une petite pousse de chanvre
Image créée par L’Herbe du Dragon, avec l’aide de l’IA.

Aux plastiques pétroliers. Les bioplastiques à base de fibres et de chènevotte de chanvre concurrencent directement les polymères dérivés du pétrole. Ils sont biodégradables, compostables, et leur fabrication émet jusqu’à dix fois moins de CO₂.

Au ciment. Le béton de chanvre, mélange de chènevotte et de chaux, présente un bilan carbone négatif : il absorbe davantage de CO₂ qu’il n’en émet sur l’ensemble de son cycle de vie. Or le ciment classique pèse à lui seul 8 % des émissions mondiales de CO₂. L’enjeu est colossal pour le bâtiment.

Au coton. La culture du coton consomme 24 % des pesticides mondiaux pour 2,5 % des surfaces cultivées, et boit l’eau de fleuves entiers — la mer d’Aral en a presque disparu. Le chanvre, lui, demande quatre fois moins d’eau, ne réclame quasiment aucun pesticide, et donne une fibre plus solide.

Au papier-bois. Un hectare de chanvre produit autant de papier que quatre hectares de forêt, en quatre mois plutôt qu’en quinze ans. La Banque de France en utilise déjà dans la fabrication de ses billets.

Aux molécules de synthèse pharmaceutiques. Les cannabinoïdes naturels — CBD, CBG, CBN — ne sont pas brevetables, ce qui pose un défi structurel à une industrie habituée à protéger ses molécules. Pourtant, le marché mondial du CBD atteint déjà 5 milliards de dollars et croît de plus de 20 % par an.

Aux carburants fossiles. La biomasse de chanvre peut être transformée en biocarburants — éthanol, biodiesel, méthanol. Une piste longtemps oubliée, qui refait surface avec la transition énergétique.

À l’alcool. Pendant la Prohibition américaine (1920-1933) — alcool interdit, cannabis encore libre — Harlem comptait plus de 500 tea pads où l’on écoutait du jazz en fumant pour 25 cents le joint. Louis Armstrong y baptisa la plante « the gage ». Quand la Prohibition lève en 1933 puis que le Marihuana Tax Act ferme le marché du cannabis en 1937, l’alcool redevient mécaniquement le seul ivressant grand-public légal. Les économistes parlent aujourd’hui d’un effet de substitution partiel : dans plusieurs États américains ayant légalisé le cannabis récréatif, les ventes d’alcool ont diminué — jusqu’à -13 % au Colorado (Journal of Cannabis Research, 2021), avec un effet particulièrement marqué chez les moins de 21 ans.

Au tabac. L’industrie du tabac n’apparaît pas dans les lobbies de 1937, mais Philip Morris documente dès 1970 son intérêt stratégique pour le cannabis, identifié en interne comme une « compétition potentielle ». Depuis 2019, cette inquiétude s’est transformée en course aux acquisitions : Altria (maison-mère de Philip Morris USA) a investi 2,4 milliards CAD pour 45 % du canadien Cronos Group ; British American Tobacco a injecté des centaines de millions dans Organigram ; Imperial Brands a placé son argent dans Auxly Cannabis Group. Côté marché, le tabac décline dans les pays développés tandis que le cannabis légal explose — 25 milliards $ aux USA en 2021, 40 milliards prévus en 2025, 100 milliards d’ici une décennie. Les cigarettes au chanvre (sans tabac ni nicotine, à base de fleur de chanvre <0,3 % THC) sont devenues un produit en expansion, distribué par la marque française Green & Co, l’allemande Heimat et une quinzaine de concurrents européens.

🔍 Le saviez-vous ?
En 1941, dans son atelier de Dearborn (Michigan), Henry Ford dévoile une voiture dont la carrosserie est en plastique végétal — chanvre, soja et autres fibres — et qui fonctionne au méthanol. Devant les caméras, il en frappe le coffre à la hache : la matière ne se brise pas. Popular Mechanics en fait sa une. La voiture ne sera jamais commercialisée — la pétrochimie naissante, et bientôt la guerre, en décideront autrement. Mais la démonstration reste comme un fantôme têtu : et si l’on avait, dès 1941, fait rouler nos voitures avec des plantes ?
▶ Voir les images d’archive de 1941

Quand on additionne ces secteurs — plastiques, bâtiment, textile, papier, pharmacie, énergie, jusqu’aux marchés grand-public — on mesure ce que représente le chanvre : non pas une niche marginale, mais une alternative systémique aux piliers de l’économie pétrochimique du XXᵉ siècle. C’est aussi pour cela, sans doute, qu’on l’a laissé sommeiller si longtemps. Mais un sommeil n’est pas une mort — et la suite de notre histoire le prouvera.

👀 Ce chapitre nous serre un peu le cœur. Voir une plante utile dans tant de domaines — elle sait vêtir, nourrir, soigner, construire et faire naviguer — rayée des champs en deux générations, ça donne le vertige. Mais au fond, ce grand effacement raconte surtout sa force : on n’efface pas si soigneusement ce qui ne dérange pas. Si le chanvre a tant gêné, c’est qu’il proposait, à lui seul, une alternative à des industries entières. Le phénomène que nous vivons aujourd’hui avec les restrictions autour du chanvre CBD s’est déjà produit il y a plusieurs décennies, pour des raisons similaires. Mais la plante est toujours debout, et elle a encore bien des secrets à nous partager. Voilà sa force.

— Christelle & Mathieu


🔮 La semaine prochaine — Épisode 7 : Le chanvre fait chanter le siècle
Bannie des champs et des pharmacies, la plante n’a pourtant pas dit son dernier mot. Dans les caves enfumées de Harlem et de La Nouvelle-Orléans, elle devient la muse secrète du jazz, du blues et de toute la musique populaire du XXᵉ siècle. Rendez-vous mardi prochain.

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Épisode 5 : Le siècle des savants  ·  📚 Sommaire de la saga  ·  Épisode 7 : Le chanvre fait chanter le siècle — à paraître le 4 août ▶

✍️ Texte, illustrations & musiques originales : © L’Herbe du Dragonherbedudragon.fr. Les musiques sont des créations originales de L’Herbe du Dragon, composées avec l’intelligence artificielle spécialement pour cette saga du chanvre. Partage encouragé en citant la source. Merci de respecter notre travail 🌿